Yvonne Bourlat sur les Impressionnistes

Yvonne Bourlat sur les Impressionnistes

J’ai revu avec joie les toiles des Impressionnistes à l’Orangerie des Tuileries. J’ai été assez déçue par les toiles qui me plaisent ordinairement. Il me semble que les Gauguin se soient vidés de leur âme. Est-ce que des copies s’y sont glissées au cours des transports ? Ou bien les photos prises ont-elles altéré les couleurs ?

Par contre, certaines toiles de donation sont pleines d’un magnétisme troublant. Ainsi, je suis restée surprise devant le Renoir intitulé Danse à la Ville. La danseuse a une robe longue en satin blanc à froufrous, et ce qui donne une douceur exquise à l’ensemble, c’est que la main gantée de l’homme, qui tient bien serré sa cavalière, est molle comme en coton. Seule, elle n’aurait aucune consistance et paraîtrait artificielle, comme pour un pantin, et sans vie, mais au milieu de cette toile, elle apporte ce vertige de douceur à ce couple et cette griserie de la valse. C’est en forçant la mollesse de cette main, de ce gant, alors que l’homme est viril et qu’il tient bien fort sa partenaire, que l’artiste donne l’illusion d’un abandon extrême, d’un vertige, d’une profonde douceur.

J’ai été bien heureuse de pouvoir apprécier des peintres qui ne m’émeuvent pas habituellement, comme Degas et Cézanne. J’ai été profondément troublée par une toile qui ne m’attirait pas. Elle représente un lac avec des arbres vert vif et un pont genre métallique. Les couleurs et la forme me déplaisaient, et pourtant, j’ai eu comme un vertige à regarder l’eau, comme si je découvrais pour la première fois ce que c’est que l’eau, tous les sens de l’eau, même métaphysiques. J’ai du mal à expliquer ce que j’ai ressenti. Je pense que ma découverte de ces peintres tient à ce que j’attache à présent plus d’importance à la vérité qu’à l’esthétique. (27 décembre 1979)

Je suis allée voir l’exposition Monet au Grand Palais. Il y a beaucoup de peintures qui n’ont rien de transcendant, mais il y en a quelques unes qui sont merveilleuses, qui respirent le bonheur de vivre dans les jardins en fleurs, qui préludent à l’œuvre de Bonnard par le miracle des couleurs : les paysages sous la neige à ciel rose, l’envolée d’une robe au détour d’un sentier… (5 mars 1980)

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